BERGE SÉTRAKIAN, PRÉSIDENT INTERNATIONAL DE L’UGAB : GOMMER LES DÉGÂTS PROVOQUÉS PAR LE GÉNOCIDE The article is available in French ("Azg" daily), 06/07/2011, By M. C. Berge Setrakian: «L’Arménie en héritage». «Je suis profondément libanais, attaché à cette terre où je suis né, où j’ai grandi et vécu, et j’ai l’Arménie en héritage. » Ces sont les propos de Berge Sétrakian, président international de l’UGAB (Union générale arménienne de bienfaisance) qui a son siège à New York. Une des plus importantes ONG arméniennes. Un heureux hasard que cette rencontre dans un hôtel de la capitale arménienne. Berge Sétrakian était de passage à Erevan pour participer à deux rencontres importantes : la Commission spéciale du centenaire du génocide et la réunion annuelle du conseil central du Fonds national arménien. Il avait quitté le Liban en 1976 après voir achevé ses études de droit à l’USJ et pratiqué la profession d’avocat pendant quelques années. Aux USA pour un court séjour, il avait rencontré un avocat d’origine libanaise associé dans un grand cabinet new-yorkais. Il lui avait proposé de se joindre à eux. Aussitôt dit, aussitôt fait, et voilà qu’il est aujourd’hui un des principaux associés d’un cabinet international établi dans 26 villes à travers le monde avec près de 900 avocats. Depuis son départ du Liban, Sétrakian a gardé le contact avec ses amis et revient régulièrement au pays où il a toujours son appartement. Aux États-Unis, il reste très actif avec les groupes œuvrant pour la cause libanaise. Mais dès son arrivée aux USA aussi, Berge Sétrakian a rejoint le conseil de l’Union générale arménienne de bienfaisance, l’organisation arménienne la plus large au monde, établie en 1906 avec des sections dans plus de 32 pays et 80 villes, et dont il assume la présidence depuis 2002 après en avoir été vice-président. C’est d’ailleurs à ce titre qu’il se trouvait dans la capitale arménienne. De quoi s’agit-il ? La Commission spéciale du centenaire du génocide (présidée par le chef d’État d’Arménie qui l’avait convoquée avec la participation du gouvernement au plus haut niveau, des partis politiques, des chefs de l’Église et de l’UGAB) a pour mission d’organiser les activités commémoratives de ce centenaire à travers le monde. La réunion du conseil central du Fonds national arménien est une rencontre annuelle cette fois. Car le FNA a pour mission de collecter chaque année des fonds de la diaspora pour financier de grands projets en Arménie. L’UGAB et la diaspora Quid de l’association qu’il préside et son action auprès de la diaspora d’abord ? Et Sétrakian de présenter l’UGAB que beaucoup de Libanais connaissent grâce à ses multiples activités. « Il s’agit, explique-t-il, d’une organisation à vocation nationale, créée au Caire en 1906 par Boghos Noubar Pacha, fils du Premier ministre d’Égypte de l’époque, avec, pour mission principale, la préservation de l’identité arménienne à travers la diaspora et du patrimoine national en Arménie. Son siège est à New York et elle est gérée par un conseil d’administration de 21 membres. Avec un budget annuel de presque 40 million de dollars, l’organisation s’est attelée d’abord et surtout à subvenir aux besoins humanitaires et éducatifs des Arméniens après le génocide. Tout au long d’un siècle d’histoire et d’activités, l’UGAB s’est adaptée aux besoins du peuple arménien et s’est développée progressivement en jouant un rôle majeur dans l’histoire de l’Arménie, explique encore Sétrakian. Du financement et de l’organisation des camps de réfugiés (arméniens) au Liban, en Syrie, en Grèce et ailleurs durant les années qui ont suivi le génocide, à la création des dispensaires, écoles et camps de jeunesse durant les années 30 à 50, en passant, à partir des années 60, par la construction et l’organisation des centres communautaires et de jeunesse à travers toutes les communautés de la diaspora. Avec l’avènement de l’indépendance en Arménie et la réouverture des pays d’Europe de l’Est suite à la chute de l’Union soviétique, un intérêt particulier a été accordé aux activités dans la mère patrie. Aujourd’hui, l’UGAB possède et gère, à travers la diaspora, plus de 25 écoles et collèges, des dizaines d’écoles hebdomadaires, des centres de jeunesse ainsi que des centres culturels. Par exemple au Liban, l’UGAB opère grâce à plusieurs centres, le principal étant actuellement le Centre Démirdjian à Antélias, des écoles primaires et secondaires, l’association de la jeunesse Antranik avec toutes ses activités sportives, culturelles, musicales, universitaires et autres. L’organisation octroie des bourses universitaires dans le domaine des études supérieures avec une attention particulière pour ceux ou celles qui ont des talents dans le domaine de l’art et de la musique. » L’action en Arménie Quelle est l’action de l’UGAB en Arménie, sachant qu’elle permet au pays de survivre en raison des problèmes politiques découlant du refus de la Turquie de reconnaître le génocide ? « Depuis sa création, l’organisation a toujours suivi une politique de soutien à l’Arménie indépendamment des régimes politiques. Par exemple, en 1928, l’association a créé un centre médical à Erevan. En 1931, elle a établi, grâce aux dons de son président d’alors, le village de Noubarashen qui compte aujourd’hui 11 000 résidents ; en 1946, elle a financé le rapatriement de milliers d’Arméniens de la diaspora vers l’Arménie ; en 1971, son président d’alors, Alex Manougian, a fait don du musée portant son nom au saint-siège d’Etchmiadzin. Rien n’étant permanent en politique, les régimes se succèdent, mais le patrimoine reste. Depuis l’indépendance, notre action a été encore plus diversifiée et l’organisation a investi plus de 150 millions de dollars dans des projets divers en Arménie. Au lendemain de la chute du communisme, l’UGAB a d’une part financé la création de l’Université américaine d’Arménie pour permettre aux jeunes de s’ouvrir au système éducatif de l’Occident. D’autre part, nous accordons les bourses à l’Université française d’Arménie et des subsides à l’Université de l’État. Elle a pris en charge l’Orchestre philharmonique d’Erevan et a financé beaucoup d’activités dans le domaine de l’art et la musique pour sauvegarder l’héritage artistique et culturel du régime passé, le jeune État, encore balbutiant, n’étant pas en mesure de subvenir au financement de ces activités. En collaboration avec le saint-siège (Etchmiadzine), l’Union a pris en charge des maisons de jeunesse "communistes" de l’époque soviétique et les a transformées en centres artistiques et culturels pour les jeunes. Depuis 1990 donc, ces centres accueillent chaque jour près de 4000 d’entre eux, à partir de 13 heures, et leur offre les moyens de s’engager dans les loisirs intéressants plutôt que de rester chez eux. » Les performances de ces jeunes, chacun dans son domaine, sont à couper le souffle. On y décèle des talents confirmés, parfois même des prodiges. Il suffit de voir ces enfants, dont de très, très jeunes, présenter des performances de grande qualité pour comprendre l’engagement des bienfaiteurs comme celui des formateurs qui ont compris les objectifs de cette entreprise. « L’UGAB s’occupe des "tables de secours" où plus de 1 500 retraités sont accueillis chaque jour pour des repas, leur pension étant dérisoire, poursuit Sétrakian. Par ailleurs, Nous nous sommes penchés sur les efforts de développement des activités de l’Église apostolique en finançant, grâce aux dons de nos membres, la construction de nouvelles églises et le développement de la conception des paroisses après 80 ans de communisme. Et nous avons créé un nouveau séminaire à Sévan. Ainsi, nous aidons SS Karékine II dans sa mission de reconstruire l’"Église" en assurant des financements pour la formation des séminaristes au moyen des bourses d’études théologiques et autres à l’étranger. Nous sommes convaincus que l’Église continuera à jouer un rôle très important pour la préservation de notre identité dans la diaspora. L’UGAB organise par ailleurs des camps "scouts", des colonies et des visites, en Arménie, de plus de 500 jeunes Arméniens de la diaspora chaque été. Nous venons de créer l’Université virtuelle pour enseigner la langue, l’histoire, l’art au moyen de l’Internet aux Arméniens de la diaspora. » « Nos efforts s’accentuent sur l’Arménie, d’une part, précise Sétrakian, car nous sommes convaincus qu’il nous serait difficile de maintenir notre identité dans une diaspora dispersée aux quatre coins du monde sans l’inspiration du pays et de l’Église. D’autre part, depuis la chute du communisme, nous avons repris nos activités dans les pays de l’Est comme en Bulgarie, en Roumanie et ailleurs, et nous développons nos activités en Russie où résident plus de deux million d’Arméniens. » «Malheureusement, conclut Berge Sétrakian, nos moyens restent limités face aux besoins actuels des communautés. » |